Eh oui, tout finit par arriver, même la frontière bolivienne… on en aura profité du Pérou, un pays magnifique, immense, des routes de bonheur qui nous ont fait atteindre des endroits dont on ne pouvait même pas rêver ; on sera monté, descendu, remonté, redescendu, on aura cahoté, souffert, mais au au final, la route choisie était tellement belle… et ce jusqu’au bout.
De Cusco, la route descend un bout, puis remonte, c’est plat, c’est du goudron, et même le vent de face ne parvient pas à nous ralentir. Le soleil est magnifique, les Andes restent bien sagement à nos côtés, sans tenter de s’interposer sur notre chemin. On le sait, il y a un col, il est à 4300 mètres, et d’après nos infos, c’est un col qu’on ne voit même pas, tellement il est plat… chic.
Malheureusement, le Pérou vit des heures difficiles. En effet, le surlendemain de notre départ a été déclaré journée nationale de solidarité avec les indigènes d’Iquitos, que le président, Alan Garcia, a décidé d’expulser de leurs terres, afin de laisser la place à Repsol et autres géants pétrolifères.
C’est que l’Amazonie est riche en pétrole. Les pays concernés ont adopté chacun une politique qui leur est propre. En Bolivie, Evo Morales a nationalisé les terrains. Au moins, ça rapporte au pays. En Équateur, Correa a quant à lui misé sur la protection des indigènes, refusant l’exploitation des terres ; ce faisant, il touche des fonds des Nations Unies qui saluent le geste. Au Pérou, Alan Garcia a promulgué des décrets et essaie d’expulser les indigènes… qui a dit que certains n’apprenaient pas de l’histoire? Malheureusement pour lui, les indigènes ont tué quelques policiers, les policiers ont répliqué, bref, trente morts et 200 blessés, et l’attention internationale sur le sujet. Comme si ça ne suffisait pas, voilà que le pays entier se rebelle, et bloque les routes. Pour une journée symbolique, qui dure depuis deux semaines dans le département de Cusco. Entre temps se sont jointes les revendications des mineurs de la Oroya qui voient d’un mauvais oeil l’abandon de l’exploitation, les paysans de Sicuani, qui ne veulent pas d’une mine sur leurs terres et aimeraient bien un peu d’attention pour les travaux agricoles, et les habitants du département de Puno, qui luttent contre la nationalisation du Lac Titicaca, premier pas vers la privatisaton de l’eau… autant dire que ce brave Alain Garcia a du pain sur la planche, dans la mesure où le pays entier se rebelle…
Et nous dans tout ça? Ben la journée de grêve, on décide de grêver njous aussi; tout le monde nous le dit, ça pourrait bien chauffer. Nous passerons donc la journée à Sicuani, à attendre, dans une ambiance de couvre-feu. Sur la place, une ggrosse manifestation, aux alentours, des policiers armés jusqu’aux dents, et des boutiques qui n’ouvrent qu’à moitié, prêtes à rabattre leurs grillages… Au final, tout sera calme, dieu merci, et le lendemain, nous décidons de poursuivre, malgré la prolongation des actions de blocage. Nous roulerons ainsi tranquillement, de blocage en blocage, à discuter, et même à amener notre pierre à l’édifice. Lors du gros blocage, les grêvistes acceptent que nous passions, à condition d’amener une grosse pierre chacun pour bloquer la route… ma fois, les revendications semblent cohérentes, et j’avoue ne pas avoir trop rechigné à collaborer.
Plus haut, ce sera la pause. À Aguas Calientes (encore un me direz-vous), on s’offre une baignade à 4100 mètres d’altitude, en plein air. Et comme il était temps de prendre un peu soin de notre teint, njous nous offrons une session… bains de boue. Gros éclats de rire, et démangeaisons assurées, mais au final… pas désagréable. Le seul hic, c’est après avoir gogé plus d’une heure dans des eaux oscillant entre 40 et 50 degrés sous un soleil s’altitude, reprendre le vélo pour avaler les 200 derniers mètres de dénivellée n’a rien d’évident.
Le soir après le col, une voix se fait entendre, retentissante dans notre petite hôtel… Hohé, les suisses??? Une fois de plus, c’est Julien, l’éternel compère, croisé depuis Trujillo, qui nous rejoint. Agréable surprise. Nous passerons les jours suivants en sa compagnie, à rouler en peloton, à partager un peu de route et quelques soupers. Ce seront d’abord les routes plates de l’altiplano, notre premier contact avec ce genre de relief depuis longtemps. Au loin, sur les bords, des nevados impressionants, et sinon, à l’horizon, du plat, de la pampa à perte de vue. Du repos pour nos gambettes, mais soyons francs, on s’en lasse…
Alors on prend la tangente. Après Juliaca, on oblique sur la péninsule de Cupichaca. C’est que la grêve est finie, que les voitures ont repris leur place, roulent à des vitesses folles, nous rasent, bref, la route ne nous tente plus, retour à la poussière, aux cailloux, à l’aventure. Nous atteindrons ainsi Chifron, superbe petite plage au bord du Titicaca, où nous sommes rejoints par Ludivine, la Française rencontrée à Cusco. Les quatre, nous passerons la soirée entre baignade et bières dans un petit coin de paradis.
Le lendemain, on embarque ; marre du vélo, envie d’une petite croisière. On rejoint ainsi l’île d’Amantani. Le décor est incroyable, évoque plus la Sicile qu’un lac d’altitude. Le paysage est ocre, les montées raides, et les vélos resteront en-bas. Nous passerons ainsi deux jours sur une petite île de rêve, à se détendre, à se promener, à profiter. Ensuite, nous reprenons le vélo pour rejoindre Puno, la ville côtière sans grand intérêt sinon qu’elle est le port d’accès “normal” pour rejoindre les îles. Mais un conseil à tous les cyclistes, passez par Cupichaca ; de un c’est plus beau, et de deux, c’est moins cher…
Ensuite, ce sera Puno, et longer le lac pour rejoindre la frontière bolivienne. C’est plat, c’est blindé de cyclotouristes, malheureusement, le traffic est toujours un peu intense et désagréable. Bah, petit à petit, la route s’améliore, le bitume s’aplanit, le paysage reste beau, et si ça monte un peu, cela n’a rien de bien terrible, et au final, ça finit toujours par redescendre… jusqu’à la frontière bolivienne.



















Salut Michel,
Ah le Pérou …. je suis bien contente que tu prennes ton pied dans ce pays!
Moi j’ai eu tellement de plaisir…. d’images, de personnes, de paysages,
de sensations, bref c’était génial!!!
Je te souhaite une belle suite en Bolivie etc….
Je pars à la Havanne le 7 juillet pour 6 semaines, alors j’espère à bientôt.
Je VOUS embrasse.
Pakita
Salut Michel ! Crois moi ou pas je te suis toujours de loin et j’ai toujours autant de plaisir a suivre ton periple! j’avais déjà une grande envie de faire ce trip là mais grace a ton récit chu encore plus motivé. Bon le truc c’est que moi je rentre de 4 mois de trip alors je vais un peu me calmer coté déplacement.
Je te souhaite une bien belle route, continue de bien profiter !
Merci pour les belles histoires.
Mathieu
Mais oui, c’est encore moi.
Magnifique, la photo du bain de boue, on dirait des glaces fraise café gris (pas noir ni au lait).
Les images se surpassent à chaque fois - le contraste de l’eau et des sommets enneigés est époustoufflant - et les récits n’ont rien à leur envier. Je me replonge même parfois dans un atlas pour retrouver (= essayer de…) les lieux-dits et hauts lieux cités.
Depuis le Mexique, on n’entend plus parler de serpents ni d’autres êtres peu communs ici (en fait, tu nous as juste mentionné les lamas et cousins). N’avez-vous plus fait de rencontres sympathiques?
Courage pour la suite, je suis sûre que vous continuerez à avoir à chaque coin de rue (si tenté que cela existe) des surprises plus belles les unes que les autres. Profitez, emmagasinez tout ce bagage et revenez nous parler de tout ce qui vous a impressionnés.
Bisous et à une prochaine
Geneviève