Ayacucho-Cusco

par Michel, 10 juin 2009 :: Peru

Il y a comme ça des villes incontournables. La publicité touristique l’a bien compris, tous les chemins mènent à Cusco…

La sortie d’Ayacucho s’avère terrible. Cette fois, c’est Amélie qui souffre d’un de ces légers problèmes intestinal qui font la routine du Pérou. Or même sans ce genre de soucis, la sortie d’Ayacucho, c’est une de ces montées raides, sur une piste défoncée, sous un soleil de plomb, bref, pas une partie de plaisir. Si au moins c’était joli… mais même pas. Enfin, après, ça s’améliore, les Andes reprennent le dessus, et le patchwork des champs refait surface.

Montée de Ayacucho

Ce ne seront que quelques kilomètres pour ce jour-là ; on s’arrête tôt, on joue aux cartes, on profite, on se soigne. La suite de la montée, ce sera pour demain ; d’autant que la montée en question, c’est la première d’une longue série de p’tites côtes entre 1500 et 2300 mètres de montée, bref, autant s’économiser. Les cols, au final, se mélangent un peu, des paysages de pampas d’altitude coupées du monde, des lamas, des nevados ; du dur, du bien bien dur, mais du bonheur aussi, beaucoup de bonheur.

Ayacucho-Ocros

Une fois passé le premier col, grosse descente sur Ocros, qui se prolonge jusqu’au rio, quelques 2000 mètres plus bas. Le début à la tombée du jour est magique et raffraichissant, avec de ces lumières qui font rêver. La traversée en faux-plat montant du lendemain se fait au fond d’une vallée ocre de toute beauté, baignée d’une chaleur étouffante ; des vues étonnante, du vert, des fleurs, des pistes, une eau turquoise, et toujours, toujours, des gens adorables.

Descente sur Ocros

La seule question qui subsiste, c’est pourquoi diable vivent-ils ici, dans des villages parfois franchement laids, au milieu de moustiques, alors qu’à à peine quelques kils, vous trouvez de jolies bourgades andines au climat agréable. Notons au passage que ce seront les seconde et troisième crevaisons du vélo de Sophie, deux à la suite… on n’avait pas vu la grosse épine de deux centimètres qui avait traversé le pneu, hum hum.

Entre Ocros et Chincherros

Ensuite, la routine, on remonte, et on s’arrête. Demain, c’est dimanche, on se contentera de rejoindre Uripa. L’endroit, juché dans les montagnes à une altitude relativement élevée, est charmant et accueillant. L’occasion de pratiquer notre quechua (allingachu, bonjour), et de visiter le marché du dimanche, relativement célèbre à en croire le guide, qui occuppe la quasi-intégralité du village. Même si les produits ne changent pas beaucoup, au moins, les jus de fruits sont toujours aussi succulents, et les salades de fruits copieuses. Quel pied d’être dans un pays où on peut siroter son jus d’oranges pressées à 3000 mètres d’altitude.

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Et l’avantage des journées de pause, c’est qu’on repart en forme. Le col a beau se tirer en longueur (une petite manie péruvienne qui joue à faire d’abord une grosse pente, puis à tirer les faux-plats sur les kilomètres, histoire que la descente se fasse sous la grêle de fin d’après-midi), le moral est là. On coupe la journée par un copieux pic-nic, on passe au milieu d’une réserve d’alpacas, et on engouffre dans la foulée notre deuxième col de la série. La descente se fera à fuir une grêle qui contraste avec mes sandales… on a pas idée non plus, diront certains, à 4100 mètre d’altitude de se ballader pieds-nus. le soir, nous atteignons le but qui semblait farfelu, Andahuayllas, ou plutôt, sa périphérie immédiate, Talaveña.

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Ne reste plus, le lendemain, qu’à pousser jusqu’à la vraie Andahuayllas. Petite journée, puisque les 15 kilomètres en question sont plats… et asphaltés ; autant dire une bagatelle. À peine arrivés, nous décidons d’une expédition au lac Pachuca. Pour cela, on s’entasse dans un mini-bus, tandis que les vélos se reposent dans la chambre. Le lac s’avère de toute beauté, juché au milieu des Andes. L’occasion de se faire rincer par une petite pluie glaciale ( on s’habitue, mais on oublie toujours les imperméables), de manger une truite indigeste au possible, de se serrer dans la voiture qui passe, et en route. La descente nous réserve une mauvaise surprise. Demain, on passe par cette même route. Or dans ce genre de cas, la surprise a l’avantage de faire bien dormir la veille. Cette fois, la sortie de la ville, on la connaît, elle est raide, la piste semble défoncée, bref, rien de bien folichon… et quelques cauchemars pour Amélie qui manque encore un peu de confiance en ses jambes d’acier.

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On relance la machine. La montée s’avère nettement plus facile que prévu. On arrive à l’embranchement sur le lac, et nous replongeons dans l’inconnu. Nous revoilà dans les pampas d’altitude, d’autres cols interminables, et toujours des paysages incroiables. Nous passerons la nuit dans un petit coin de paradis glacial, hébergés par la sympathique institutrice du lieu dans la salle de classe. Elle travaille dans ce village depuis 5 ans, mais n’a toujours pas trouvé un logement à louer. Du coup, elle vit dans l’école, avec sa fille de trois ans… La nuit, ça gêle dehors.

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Le lendemain, autre col, mais petit et magnifique. Après de longs lacets qui nous font traverser des vallées, on remonte et on attaque la descente sur Abancay. Celle-ci est immense. De 4100, nous descendons à moins de 2000 mètres, la piste est bonne, fréquentée, parfois sablonneuse, et souvent vertigineuse. La ville, aperçue en contrebas, semble à quelques kilomètres… il en reste en réalité une bonne trentaine, et une fois en-bas, il reste à remonter les 400 mètres finaux. On arrivera de nuit à Abancay.

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Le lendemain, on décide d’enchaîner. Dernier col à plus de 4000 mètres, mais sur de l’asphalte. La différence a beau être notable, ça monte toujours. La pente est forte, très forte, les courbes interminables ne laissent pas entrevoir l’arrivée, et nos jambes surchauffent. Finalement, nous atteindrons le col vers 15h00. La cordillère Vilcabamba, que nous contournons depuis dix jours, nous nargue encore un peu, mais. magnanime, nous gratifie de vues de toute beauté. La redescente (la première sur de l’asphalte depuis déjà longtemps) est de toute beauté ; nous traversons des villages jusqu’à rejoindre Curahuasi. De là, un dernier col nous attend pour rejoindre Cusco. Il nous reste à redescendre à moins de 2000 mètres, traverser le rio Apurimac, et remonter à 3700.

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Programme ambitieux pour la journée du lendemain, donc. Mais programme auquel nous renonçons rapidement, la dernière escale se fera à Limatambo. La fin du col sera pour demain. C’est que le climat de la vallée Apurimac s’avère terrible, oppressant, et infesté des ces petites “moscas” qui nous retrouvent à chaque passage à moins de 2500 mètres. Et ça a beau ne pas faire la taille d’un moustique, les piqures n’ont rien à leur envier. Dans ces moments, Philipp me manque, c’est le meilleur anti-moustiques du monde. 

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D’autant qu’à côté de Limatambo, il y a un petit coin de rêve, les ruines de Tarawasi. En principe, camper sur le site est interdit, mais le gardien ne rechignera pas à nous laisser passer la nuit. Il passera simplement contrôler que tout va bien, et nous annonce que le mur est infesté de petites araignées noires… mortelles en 24 heures. Pour nous montrer à quoi il fait référence, il s’approche du mur et en écrase une. De quoi nous faire faire de beaux rêves. C’est bon, nous annonce-t-il ensuite, il n’y en a plus.

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Le riz du soir est brûlé, la nuit minable, et je me réveille malade. Autant dire que la dernière montée sera longue. Elle est pourtant jolie. Au final, elle a la gentillesse d’être suffisament raide pour ne pas se traîner en longueur. Quel pied de passer le péage qui nous annonce le col à 3700 mètres, et de tracer dans une vallée toute plate. Cusco se rapprochet et finit pas sembler accessible. À Izcuchaca, on hésite, est-ce qu’on pousse aujourd’hui? Finalement, dernière montée toute en douceur, et la ville apparaît à nos pieds. Elle est belle, immense. Pourtant, l’arrivée contraste avec le Cusco des cartes postales. Dans les hauts, les cochons mangent et vivent dans le caniveau, et les logements semblent misérables. L’arrivée sur la Plaza de Armas, avec son assaut de guides, hôtels et autres nous laisse pantois. On se dépèche, et on rejoint l’auberge recommandée par les deux Anglais rencontrés vers Trujillo. C’est charmant, calme, bon-marché, et la petite terrasse est parfaite pour profiter des petits déjeuners. Ce qui ne gâche rien, elle est remplie de cyclistes. Vincent, agronome français, arrive du sud avec Silvio, Zurichois rencontré sur la route. Julien, le pote de Huaraz est arrivé depuis déjà quelques jours, et y résident encore une bonne dizaines de Français… le langage du lieu, à côté de l’espagnol, sera donc la langue de Voltaire…

 

Cusco de Sacsahuayman

On papote, on traîne, et on se décide. Le Machu-Picchu a une réputation des plus agaçantes, il FAUT y aller sous peine de rater son voyage en Amérique du Sud. Mais on finit par craquer, et c’est jouxtés à Ludivine, Julien et Vincent que nous finissons par décider de nous rendre sur cette cité perdue Inca redécouverte au XIXème siècle. Quelques heures de bus, un beau col, une redescente dans la jungle, un changement de bus, nous voilà à Santa-Theresa. Un regret, bien ententdu : pourquoi diable n’y sommes-nous pas allés à vélo??? En une semaine de toute beauté, on arrive à Santa-Theresa, et la petite maison avant la station hydraulique a l’habitude d’héberger les bicis délaissées par leurs propriétaires. La prochaine fois, c’est sûr… en on ne se privera pas de faire de la pub aux cyclos qu’on va croiser. De la station hydro-électrique de Santa-Theresa, on monte le long des rails pendant deux heures, on dort un peu à Aguas Calientes, on se réveille à 04h00 pour monter les marches qui mènent à l’entrée au sanctuaire (le bus coûte 8 dollars, et l’accès au Huayna-Picchu, le p’tit béquet d’à-côté et réservé aux 400 premiers touristes qui le demandent… paraît que ça vaut la peine). Et nous voilà sur le sanctuaire.

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De là, nous continuons à monter jusqu’au Huayna-Picchu, accompagnés par Martin, sympathique Uruguayen, cyclo-voyageur, rencontré la veille. Nous optons pour commencer par la grande caverne, l’occasion de regarder tranquillement ces ruines construites sous un bloc gigantesque. Ensuite, quelques marches d’escaliers pour rejoindre le sommet et attendre trois heures que les nuages se dissipent.

 

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Les touristes ont quand même raison… l’endroit est magique et l’expérience vaut la peine. La promenade du site se fera l’après-midi sous un soleil superbe. De là, la course reprend. Nous choisissons de fuir Aguas Calientes, qui s’apparente à une station de ski mal développée; en six ans, les hôtels ont poussé comme des champignons, et les prix aussi. Rebelote donc le long des rails, et en route pour Santa-Theresa, et… ses bains thermaux. Nous soignons nos jambes endolories dans une eau agréablement tiède, de nuit, au pied des Andes, encore abasourdis par la magnificence de la journée.

 

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Ensuite, ce seront quelques jours à Cusco. Cusco, c’est d’abord une ville magnifique. La beauté de la ville, ses monuments coloniaux construits sur des fondations incas lui confère quelque chose de magique. Malheureusement, c’est aussi LE spot touristique du Pérou, voire de l’Amérique du Sud, et la masse incomensurable de touristes lui confère un côté oppressant et une façade que je ne peux m’empêcher de trouver un peu triste. D’autant que si les alentours de Cusco sont superbes, je pense aux ruines de Sacsahuayman, Tambo Machay et autres, ils ne suffisent pas à arracher les touristes à leur torpeur. Le prix y est peut-être pour quelque chose (tout se paie à Cusco, et se paie cher), mais il y a aussi une dynamique générale ; on passe la soirée dans la pléthore de bars, on mange dans l’un des dix-mille restaurants occidentaux, on passe la matinée à l’hôtel, on traîne, et on remet ça… dommage. Faut pas non plus cracher dans la soupe, il y a un certain charme à traîner, à profiter de ses journées sans vélo, sans but autre que celui de se détendre. Mais au bout de quelques jours, on ne va pas non plus le nier, on se réjouit de repartir…

3 commentaires à “Ayacucho-Cusco”

  1. yo Michel,, bon faut qu’on s’organise un petit déplacement à vélo de Lausanne au Tessin d’ici fin août…. eh oui les nouvelles vont vite à vélo!!!!!

    à part ça ça m’a tout l’air d’être la grande classe par où tu emmènes ta chère Amélie… les quelques photos sont à couper le souffle, alors j’imagine à peine comment ça donne au lever/coucher du soleil!!!

    et t’inquiètes pas, Lausanne c’est plat au cas où tu l’avais oublié!!!

    je vous embrasse très fort

    x.

  2. Salut Michel,
    Tes photos du Machu Pichu sont bellllllissim, moi qui rêve d’aller là bas!!!! suis contente que vous ayiez poussé jusque là, ça aurai été dommage de le louper, même si parait qu’ il y a plein d’aussi beau endroit, et ceux là, moins touristique!!!!
    Pour ne pas changer, je trouve vos photos magnifique, et ton blog très bien écris, ça porte l’esprit un peu plus loin que lausanne ;o).

    Bonne continuation
    Bizzzzz
    Alex

    Ps:
    Tu m’avais demandé mon adresse

    Vieux-Bourg 4B
    1026 Denges

  3. 3 la tante d'Espagne dit, le 25 juin 2009 @ 17:03

    Salut Michel, je reviens juste quelques minutes pour te dire que je me régale de tes récits, je ris, je suis émerveillée, les photos sont fantastiques, les commentaires devraient, dans un futur pas trop éloigné, faire l’objet d’une espèce de journal de bord a posteriori.
    Ici l’été est bien entré quoique depuis peu, mais tu sais comment le soleil tape à certains moments.
    Demain, visite de Marie-Victoria et Gérald pour le week end, nous nous réjouissons de la revoir et de présenter ce monsieur à quelques membres de la famille.
    Et pour le reste, le plus remarquable, c’est la succession de jours, chacun avec ses particularités, mais dans l’ensemble plutôt sans soubressauts.
    Bisous et bonne continuation, à une prochaine
    Geneviève

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